ACCRO À L'AMOUR

La voie vers L'acceptation de soi et le bonheur dans nos relations

Accro a lamour livre

SOMMAIRE

PARTIE I : RIEN N’EST TEL QU’IL PARAÎT ÊTRE
1. Introduction : La source de tous les malentendus 13
2. Première enveloppe de notre identité :
la croyance négative 21
3. Deuxième enveloppe de notre identité :
les règles de base 31
4. Troisième enveloppe de notre identité : les schémas régissant nos pensées,
nos émotions et nos comportements 39
5. Quatrième et dernière enveloppe de notre identité : l’image que l’on veut donner de soi 45
6. Les dysfonctionnements dans le développement
de notre identité 53
7. Les phases de stagnation dans le développement
de notre conscience 61
8. La création de la souffrance 73
9. Le libre marché de l’amour et de la reconnaissance 83
10. La relation amoureuse 91
11. La crise relationnelle dans le couple 101
12. Le cercle vicieux du « samsara » 113
PARTIE II : TOUT EST TEL QU’IL EST
13. La voie spirituelle 121
14. Se détacher de la pensée relationnelle,
entièrement centrée sur la relation amoureuse 133

 

 

15. Observer son propre mental : qui regarde ? 141
16. Les émotions douloureuses : la porte d'accès
à notre état naturel 153
17. Intégrer les émotions douloureuses
et non plus s’en dissocier 163
18. L’état d’être naturel : croyance ou réalité ? 171
19. La relation amoureuse spirituelle 179
20. Le sexe spirituel 195
21. Les addictions au sexe, à l’amour
et à la relation amoureuse 209
22. Dans l’intérêt des enfants 219
23. L’illusion parfaite 227
Annexe 1
Sources, recommandations et remerciements 239
Annexe 2
La résistance occidentale à la spiritualité orientale 245

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PARTIE 1

Rien n'est tel qu'il paraît être

« Sachez que toutes les choses sont ainsi : Un mirage, un château de nuages,
Un rêve, une apparition, Sans réalité essentielle ;
Pourtant, leurs qualités peuvent être perçues.

Sachez que toutes les choses sont ainsi : Comme la lune dans un ciel clair, Reflétée dans un lac transparent ;
Pourtant, jamais la lune n’est venue jusqu’au lac.

Sachez que toutes les choses sont ainsi : Comme un écho issu
De la musique, de sons, de pleurs ; Pourtant, dans cet écho, nulle mélodie.

Sachez que toutes les choses sont ainsi : Comme un magicien nous donne l’illusion
De chevaux, de bœufs, de charrettes et d’autres objets ; Rien n’est tel qu’il apparaît. »

Bouddha, (v. 450 - v. 370 av. J.-C. 1)

1. Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort, trad. Gisèle Gaudebert et Marie-Claude Morel, La Table ronde, 1993, p. 67.

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1. INTRODUCTION :

La source de tous les malentendus

« D’après mon expérience, la confusion est la seule souffrance.
La confusion consiste à se disputer avec ce qui est. Quand vous êtes parfaitement clair,
ce qui est est précisément ce que vous voulez. Aussi, quand vous voulez quelque chose
de différent de ce qui est, vous savez que vous êtes tout à fait dans la confusion. »

Byron Katie (Les Mille Visages du bonheur 2)

Comment se fait-il que ce qui nous rend le plus heureux dans la vie nous rende également le plus malheureux ? Imaginez : la personne dont vous êtes secrètement amoureux ou amoureuse depuis des mois vient vers vous, vous prend dans ses bras, vous embrasse, vous dit qu’elle vous aime et vous désire depuis votre première rencontre. N’êtes-vous pas alors l’être le plus heureux au monde ? Si, au creux du même lit, vous passez des heures à vous raconter vos fantasmes les plus extravagants et à les réaliser, alors l’extase n’a pas de secret pour vous. Quant aux amoureux qui réalisent, après de nombreuses années, leur désir d’enfant, ils savent ce qu’est le pur bonheur.
Imaginez en revanche que la personne qui vous obsède depuis des mois se jette dans les bras d’un ou d’une autre sous vos yeux : votre déception est si forte que les mots vous manquent pour la décrire. Et la douleur est insupportable lorsque la compagne ou le compagnon de votre vie s’absente régulièrement pour rejoindre son amant ou sa maîtresse. Et quand le divorce devient réalité et que vous vivez à nouveau seul(e), consumé(e) par la solitude et la souffrance la plus profonde, vous savez alors exactement ce que signifient les termes « solitude » et « souffrance ».

2. Byron Katie, Les Mille Visages du bonheur, traduit de l’anglais par Olivier Vinet, Synchronique Éditions, 2019, p. 23.

Le malentendu fondamental

S’il existe tant de livres sur l’amour, c’est bien parce que le bonheur ou la douleur qui lui sont associés sont d’une intensité incroyable. Certains en font l’apologie ou en dénoncent la cruauté tandis que d’autres proposent un mode d’emploi pour survivre dans la fantastique et dangereuse jungle que nous appelons l’amour. Le présent ouvrage parle donc d’amour et de souffrance, mais il parle surtout de ce qui en nous aime et souffre : notre mental. En effet, c’est notre mental qui détermine la façon dont nous vivons nos pensées et nos émotions et y réagissons. Pour ce faire, il se fonde sur un énorme malentendu qui porte sur notre nature profonde : nous sommes convaincus d’être fondamentalement défaillants, imparfaits, sans valeur, inaccomplis, inadaptés. Nous ignorons que nous portons en nous l’amour inconditionnel. Ce malentendu initial a des impacts majeurs sur d’innombrables aspects de notre vie et biaise totalement notre rapport aux autres, en particulier dans nos relations amoureuses.
Je vous propose donc d’explorer les enveloppes profondes de notre mental car nombre de nos tourments en émanent directement. Il n’est pas si facile de comprendre la cause de nos souffrances.
Cela requiert un esprit ouvert et désireux d’observer les choses avant de les juger. Pourtant, le simple fait de chercher la réalité derrière le malentendu est bien plus agréable et inspirant que d’en rester prisonnier. En lisant cet ouvrage, vous apprendrez beaucoup de choses sur votre mental, que vous finirez par appréhender très différemment. Autre point important : dans cette découverte à laquelle je vous convie, vous n’aurez pas à croire en quoi que

ce soit ni à suivre aveuglément mes propos. Vous pourrez vérifier par vous-même leur justesse en pratiquant les exercices proposés. Ceux-ci vous aideront à porter un regard plus clair sur la réalité et sur votre mental. Cette observation du mental, qui est ici tout à la fois observateur et objet d’observation, vous permettra d’identifier et de neutraliser le malentendu d’où découlent tant de souffrances. Vous discernerez ainsi votre véritable nature ainsi que celle de tout ce qui existe. La réalité que vous percevrez alors sera si incroyablement profonde, si joyeuse et si absolument évidente qu’il est presque impossible de l’expliquer. Et pourtant !

 

Notre quête du bonheur provoque souffrance et dépendance

Je voudrais tout d’abord vous raconter comment j’ai moi-même découvert ce problème puis sa solution. Pendant des années, j’ai
mené une vie pleine de joies et de peines : j’ai eu des relations
amoureuses diverses, j’ai élevé quatre enfants, j’ai goûté aux drogues, j’ai fait plein de petits boulots, j’ai occupé des emplois très prenants, j’ai fait un énorme burn-out, j’ai divorcé, j’ai repris des études, certaines intéressantes, d’autres ennuyeuses, j’ai suivi différentes thérapies et formations. Bref, j’ai mené une vie très
« ordinaire » jusqu’à ce que, à l’âge de 45 ans, je me mette à aider des personnes à arrêter de fumer. J’avais moi-même récemment arrêté et j’en étais très heureux.
Après une formation de coach, j’ai souhaité proposer ma propre méthode pour se libérer du tabac. Ce fut un succès immédiat et, un an plus tard, j’ai publié un ouvrage sur le sujet qui est rapidement devenu un best-seller 3. On m’a alors demandé d’intervenir pour d’autres addictions. C’est ainsi que j’ai compris que toutes les dépendances reposent sur un schéma identique, qu’elles sont toutes la conséquence d’une même quête : moins souffrir et être plus heureux. Or, c’est précisément la façon même dont nous recherchons ce bonheur qui provoque la dépendance

et la souffrance. Les moyens utilisés pour se libérer d’émotions douloureuses ne font en fait que les accroître et les démultiplier. Quand un réflexe produit l’effet exactement inverse de celui recherché, on parle de réflexe « contre-productif ». C’est ce qui se passe, par exemple, lorsque vous vous faites piquer par un moustique et qu’en réaction vous vous grattez, ce qui ne fait qu’aggraver la démangeaison. La dépendance aux drogues est le parfait exemple de ce réflexe contre-productif : on recourt à une drogue pour mettre fin à une sensation ou à une émotion pénible, et la remplacer par une sensation ou une émotion agréable. Cela marche un temps, tant qu’on est sous l’effet de la drogue, mais ensuite, cela ne fait que renforcer les émotions négatives que l’on cherchait à fuir. On prend donc à nouveau de la drogue pour échapper à cette souffrance. Si vous buvez en société, par exemple, pour vous sentir moins inhibé, vous serez encore plus inhibé lorsque l’effet de l’alcool se dissipera et vous aurez besoin d’en boire une nouvelle fois pour retrouver un peu de spontanéité. Autre exemple : si vous prenez un stimulant pour combattre une fatigue chronique et avoir davantage d’énergie, les coups de fatigue se feront plus fréquents et, à la longue, vous ne pourrez plus vivre sans ce produit. En somme, les bénéfices que semblent procurer les drogues sont de courte durée et elles génèrent une spirale infernale qui conduit à davantage de souffrances. La drogue, la boisson ou le médicament deviennent indispensables pour pouvoir échapper de temps à autre à cette
situation douloureuse.

 

3. De opluchting: in één dag van het roken af, Ambo, 2013 ; publié en anglais sous le titre Quit Smoking In One Day, chez le même éditeur, 2014. (Pas encore traduit en français.)

 

Qu’est-ce qu’une addiction ?

En lisant un ouvrage que j’ai écrit sur l’addiction 4, de nom- breuses personnes ont découvert qu’il leur était bien plus facile de cesser leur consommation de drogue qu’elles ne le pensaient et qu’elles le faisaient même avec plaisir. Autrement dit, l’idée selon laquelle il est très difficile de mettre fin à une accoutumance est une vue de l’esprit créée par la dépendance elle-même. La peur d’arrêter est au cœur même de la dépendance, qui ainsi s’auto- alimente. Un réflexe contre-productif comme la consommation de drogue n’entretient rien d’autre que lui-même. Dès que l’esprit dépendant comprend ce malentendu, il en est libéré. Arrêter de consommer procure alors du soulagement et un joyeux sentiment de libération, soit l’effet exactement inverse de ce que l’on craignait. Dans mon travail avec des personnes dépendantes aux drogues, j’ai constaté que les émotions douloureuses qu’elles cherchaient à combattre avaient été acquises durant leur enfance. L’éducation que les parents tentent de donner à leurs enfants pour qu’ils deviennent des adultes heureux et accomplis conduit ces derniers à croire qu’ils ne sont apparemment pas assez bien comme ils sont et qu’ils doivent apprendre à suivre tout un tas de règles pour pouvoir être aimé sans condition. C’est ainsi que se créent chez eux une insécurité fondamentale et un rejet d’eux-mêmes qu’ils combattront coûte que coûte quand ils seront adultes, quitte à recourir à des addictions. Un mode éducatif contre-productif s’est donc mis en place : ce sont les efforts mêmes des parents pour garantir le bonheur de leurs enfants qui sont à l’origine des plus grands tourments dont ceux-ci souffriront adultes. Pour la rédaction d’un livre consacré à l’éducation 5, j’ai parlé avec de nombreux parents des difficultés que rencontraient leurs enfants. Dans la plupart des cas, il est apparu que c’était les parents eux-mêmes qui créaient le « problème », ou en tout cas, qui le renforçaient et l’entretenaient en cherchant à aider leur enfant ! Dès qu’ils en prenaient conscience et qu’ils cherchaient non plus à changer leur enfant mais à s’accepter eux-mêmes et à reconnaître leur peur de ne pas être de bons parents, le problème disparaissait très vite. Un bon sentiment est toujours contre-productif quand il est motivé par la peur : en cherchant à fuir celle-ci, nous provoquons exactement
ce que nous redoutons.

4.  Dépasser l’addiction : une nouvelle méthode sans symptômes de sevrage qui sou- lage toutes les formes actuelles d’addiction ou de compulsion [De verslaving voorbij: nieuwe methode zonder ontwenningsverschijnselen : over alle eigentijdse vormen van verslaving of dwangmatigheid, pas encore traduit en français], Ambo, 2001.

5. La Fin de l’éducation [Het einde van de opvoeding, pas encore traduit en français], Ambo, 2014.

La quête d’amour est une addiction comme les autres

Certains de mes lecteurs, convaincus par ma démarche, m’ont demandé de les aider à sortir de la crise que traversait leur couple. Mais bien souvent, en tentant de sauver leur relation – réflexe contre-productif analogue à ceux décrits plus haut –, les couples ne font qu’amplifier le problème jusqu’à ce que la rupture devienne inévitable. Un autre mécanisme encore plus profond et plus étonnant semble se cacher derrière ce phénomène : notre quête d’amour et de sécurité affective ne fait, en réalité, que renforcer notre solitude et notre dépendance. Cette quête nous conduit involontairement et inconsciemment à détruire notre bonheur – si nous avons la chance de l’avoir trouvé. Notre volonté de construire une relation amoureuse solide contribue en soi à son échec et à la création d’un sentiment de solitude et d’abandon. La profonde souffrance que l’on ressent lors d’une rupture accentue le besoin d’en nouer une nouvelle ou, au contraire, de ne plus en avoir. D’une manière ou d’une autre, nous retombons dans le même piège et nous récréons les conditions qui seront à l’origine
de la prochaine rupture.
On constate, par ailleurs, que ce réflexe contre-productif provoque toutes sortes de difficultés, petites et grandes. Par exemple, quand nous essayons de nous donner une contenance au milieu d’inconnus, nous ne faisons qu’amplifier notre manque de confiance en nous. La stratégie que nous adoptons pour nous faire accepter aggrave en réalité notre manque d’estime de nous-mêmes. Les petites ruses déployées pour éviter d’être rejeté renforcent inévitablement cette peur. Nos tactiques pour prolonger ou revivre des expériences agréables ne font que gâcher notre plaisir car les méthodes que nous employons pour nous protéger engendrent un grand malaise intérieur.
Bref, toute forme de protection contre la peur ou le chagrin se transforme en souffrance. Toute notre identité, les modes de fonctionnement et les automatismes que nous avons développés pour exister en tant qu’homme ou femme, père ou mère, entre amis ou collègues, ou même lorsque nous sommes seuls, provoquent l’effet exactement inverse de celui recherché.

En nous accrochant au bonheur, nous l’écourtons ou le gaspillons

En nous accrochant au bonheur, nous l’écourtons ou le gâchons. En voulant nous débarrasser de la souffrance, nous la prolongeons ou l’amplifions.

Le sage bouddhiste Shantideva (VIIIe siècle) le formulait ainsi :

« Les hommes disent vouloir se libérer de la souffrance ; Voyez plutôt comme ils courent à sa rencontre !

Tous pourtant aspirent au bonheur Mais, ignorant ce qui en est la cause,

Ils le détruisent comme si c’était un ennemi 6. »

Voilà subtilement exprimé le problème récurrent et tenace abordé dans cet ouvrage. Il est cependant possible de le résoudre en cessant d’alimenter le malentendu initial.

Ce livre vous explique donc comment mettre fin à ce cercle vicieux ; comment apprendre à ne rien faire au lieu de créer votre propre souffrance ; comment donner au lieu d’entretenir le besoin et le manque ; comment embrasser ce que vous condamniez et rejetiez jusqu’à présent. En somme, vous apprendrez à reconnaître les schémas que vous avez mis en place pour échapper aux sentiments négatifs, des schémas qui sont constamment réactivés. Vous verrez que le bonheur est bien plus à votre portée que vous ne le croyez. N’attendez pas de trouver le prince charmant ou la femme idéale. Pour trouver le bonheur, il n’est pas nécessaire d’être riche, d’avoir un super travail et une grande maison, ni même d’atteindre un état d’éveil à mille lieues de vous. Il vous suffit de dissiper le malentendu fondamental et de reconnaître ce qu’est votre nature profonde. Vous pourrez alors vous détacher tout naturellement des causes de votre souffrance et développer les outils qui vous permettront d’atteindre un bonheur incon- ditionnel. Alors seulement vous pourrez vous engager dans des relations véritablement aimantes. Cela ne vous empêche pas, bien sûr, d’obtenir ce super travail ou cette grande maison dont vous rêvez, mais votre bonheur n’en dépendra plus.

6. La Marche vers l’Éveil, traduction de Louis Finot révisée par le Comité de traduction Padmakara, Padmakara, 1997.

Apprendre à reconnaître notre nature profonde

Récapitulons : vous traversez une phase très difficile, une crise relationnelle ou une phase de profonde solitude ? Une crise identitaire, un burn-out ou une dépression ? Quelle que soit votre souffrance, c’est le moment idéal pour explorer et déconstruire définitivement le fonctionnement en boucle de votre système mental à l’origine de vos problèmes. Et si vous êtes un célibataire épanoui ou parfaitement heureux dans votre couple, voici l’occasion de prendre conscience des limites que vous imposez à votre bonheur et des conditions de votre futur malheur que vous êtes déjà en train de mettre en place. Apprenez comment sortir de ce fonctionnement et créer à la place votre propre bonheur comme celui des autres.
En effet, par-delà le cycle cruel de l’amour – sa quête, sa perte et le manque que la perte suscite –, il existe un état de conscience totalement libéré de la recherche obsessionnelle de l’amour et de la reconnaissance : l’amour pur. Nous pouvons nous libérer nous-mêmes de notre quête d’amour en prenant conscience qu’il est déjà présent en nous. Dans cet état d’être n’existe ni manque d’amour ni besoin d’amour ; c’est un état où l’on donne et reçoit l’amour sans souffrance ni condition. Oui, c’est possible, et j’ai le plaisir de vous expliquer dans les chapitres qui suivent comment y parvenir.

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